|
Par une soirée calme et fraîche, dans un parc éclairé par quelques lumières vacilantes, se trouvait un jeune peintre prénommé Marc. Assis sur un des nombreux bancs vides, il feuilletait frénétiquement le journal à la recherche d’un emploi. Il avait enfin décidé de prendre sa vie en main et de ne plus être financièrement dépendant de ses parents, espérant ainsi que la honte qu’il ressentait en permanence le quitterait. Il lut plusieurs offres d’emploi mais aucune pour laquelle il fut qualifié. Alors qu’il allait abondonner, il lut une annonce qui lui redonna espoir. Elle faisait mention d’une personne cherchant un peintre qualifié pour créer un portrait de famille. Il se leva d’un bond et se dirigea vers son appartement, un sourire béant sur son visage prématurément ridé par le stress quotidient. Il fut excité à l’idée d’user de son talent pour subvenir à ses besoins.
Tout à coup, un sentiment de malaise le surprit à ses rêvasseries. Il n’allait pas être engagé, la personne de l’annonce allait certainement choisir quelqu’un avec plus d’expérience que lui. Rendu chez lui, il s’effondra dans son fauteuil, découragé. Il essuya à l’aide de ses mains tremblantes les larmes qui commençaient à se former aux coins de ses yeux. Il pouvait de nouveau entendre les soupirs que lâchaient ses parents lorsqu’ils parlaient de lui à des connaissances. Il dut admettre avec tristesse qu’il n’était pas la fierté de ses parents. Il essaya alors de chasser ses pensées déplaisantes en relisant l’annonce. Il s’aperçut alors qu’il y avait une photo des personnes cherchant un peintre. Elle représentait trois personne, une jeune femme et deux hommes. La femme était belle et avait un sourire simple, sans artifices. Un des hommes, d’une soixantaine d’années,
la regardait avec tendresse. L’autre homme, plus jeune, avait un regard froid, presque malsain qui dégoûta Marc. Il lâcha le journal avec un sentiment de crainte absurde. Il avait la certitude qu’il devait tenter sa chance, rien que pour voir à quoi ressemblait vraiment cette famille.
Le jour de l’entrevue arriva et à son grand étonnement, Marc fut engagé par la jeune femme qui se prénommait Lisa. Elle l’invita à la suivre dans un salon richement décoré ou se trouvaient les deux hommes de la photo. Le plus âgé le salua poliment tandis que l’autre l’ignora parfaitement, ce qui vexa le pauvre peintre. Son antipathie envers cet homme augmenta. Lorsque le moment de peindre fut arrivé, il commença calmement par scruter les trois modèles. Il constata que le jeune homme tenait Lisa d’une main incertaine, sous le regard désaprobateur du vieil homme qui devait certainement être le père de celle-ci. Lisa, quant à elle, arborait un sourire radieux, ne sentant pas l’atmosphère tendue qui régnait dans la pièce. Un peu avant qu’il ait fini, on lui proposa d’achever son œuvre ultérieurement, ce qu’il accepta avec plaisirs. À la deuxième séance, il ressentit un choc en voyant à quel point la scène avait changé. Lisa avait perdu son sourire et était assise, tremblante et l’air abatu, les yeux rougis par les larmes. L’absence du vieil homme, que personne ne prit la peine d’expliquer, inquiéta Marc mais c’est en yoyant le jeune homme qu’il ressenti une vive frayeur. Il tenait à présent Lisa avec des mains fermes, comme si elle était sa possession et avait un rictus triomphant.
|